Janvier 2012

N° 148

Le magazine de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Caen Normandie

Enquête

L’éolien maritime se dévoile au large du Calvados
n° 115 / Octobre 2008

Au large du Bessin, un important projet industriel français prévoit la création d’un parc off shore de 50 éoliennes. Porté par la société lyonnaise Maïa, il a été présenté le 16 septembre dernier à Caen. Avec pour objectif une mise en service en 2013.

Nom de code « RHEA ». Derrière ces quatre lettres se cache un gros projet portant sur la création d’un parc éolien maritime au large des côtes du Bessin. Porté par le groupe lyonnais Maïa et une de ses filiales Maïa Power, spécialisée dans la construction et l’exploitation de centrales éoliennes, le projet est d’envergure : pas moins de 50 éoliennes de 5 MW (MégaWatt), soit un parc de 250 MW (1). « Nous considérons que l’arrivée de l’éolien maritime devrait servir de démarche à un projet industriel français, présente Pierre Neveux, Directeur Général de Maïa Power. C’est la raison pour laquelle nous souhaitons développer, financer, construire et exploiter un parc éolien offshore en Baie de Seine ». Le groupe n’a pas été insensible au fait que la Basse-Normandie soit classée deuxième potentiel éolien de France et a donc engagé des réflexions et des études sur les côtes de la région.

En phase active depuis le début de l’année 2008, le projet prend au fur et à mesure de l’importance. Le 16 septembre dernier, il a publiquement été dévoilé. « Dans la phase d’études, les premiers rapports de préfaisabilité (phase préalable et étude préliminaire) ont déjà été présentés aux différentes administrations ainsi qu’aux multiples acteurs concernés (collectivités locales, comités locaux des pêches, représentants des lieux de mémoire…). Cette concertation a servi à enrichir notre réflexion. Les documents montrent maintenant le projet et les potentialités du site et synthétisent les paramètres recensés à ce stade du projet ». Désormais, la phase d’études se poursuit depuis la mi-septembre par des mesures et des analyses sur site. « L’objectif est l’élaboration de l’étude d’impact du projet, pièce maîtresse des différents dossiers de demandes d’autorisations à déposer », poursuit le Directeur Général.

Concrètement, le parc porté par Maïa Power, en fonction des contraintes recensées, prendrait place dans une « zone potentielle d’implantation » située entre Port-en-Bessin, à l’Ouest, et Courseulles-sur-Mer, à l’Est (soit une zone d’étude de 100 km²). « A l’intérieur de cette zone, nous avons défini un secteur plus restreint, le plus adéquat et le mieux adapté pour ne pas entraver les activités de pêche », souligne Blandine Rouget, chargée de projets Energie chez Maïa Power. Le périmètre établi est donc de 25 km². Résultat : le parc se situerait à 12-13 km des côtes, au droit de la commune de Ver-sur-mer (à 20-25 km au large d’Omaha Beach).« A cette distance, les maquettes virtuelles ont montré que l’impact visuel était très limité, considère Blandine Rouget. L’intégration visuelle du parc se veut la plus fluide possible ».

Au total, le montant de l’investissement serait de 600 millions d’euros. Rien que pour les études, Maïa Power déboursera 1 million d’euros. Actuellement, la France ne compte aucun parc éolien sur ses côtes. « Nous travaillons en fonction des textes qui sortent en ce moment, remarque Pierre Neveux. Il n’y a pas de référence. » Le poids économique du projet n’est pas mince. Outre le loyer à verser pour l’occupation du domaine public maritime, le groupe devra verser une taxe professionnelle (TP), qui s’établirait à un peu plus de 3 millions d’euros. « La moitié irait au conseil général du Calvados, dans un fonds de péréquation, et l’autre aux communes côtières. Soit une vingtaine, selon une liste arrêtée par le Préfet du Calvados », expliquent les porteurs du projet. La question de l’emploi a bien sûr été intégrée (lire en encadré), Maïa Power souhaitant construire le maximum de machines sur place.

Quant au calendrier, le compte à rebours a déjà commencé. Lorsque les études seront achevées, viendra le temps, à la mi-2009, du dépôt des dossiers de demandes d’autorisations administratives. La fin 2009 et une bonne partie de l’année 2010 serviront à l’instruction des dossiers. Le lancement des travaux serait alors aux alentours de 2010 pour une mise en service mi-2013. Reste que la lutte entre les candidats est acharnée sur la zone en question qui attire déjà plusieurs projets. « Que le meilleur gagne », souligne le directeur de Maïa Power.

(1) Un tel parc permet la production annuelle de plus de 800.000 MWh, soit l’équivalent de la consommation d’électricité domestique spécifi que (hors chauffage) de plus d’un million d’habitants, soit près de 75 % de la population de Basse-Normandie en 2006 ou encore 11 % de la consommation d’électricité totale de la Basse-Normandie en 2002.

Qui est Maïa ?

Pierre Neveux, Directeur Général de Maïa Power.

Né en 1908, le groupe Maïa est spécialisé dans l’ingénierie et la construction. Depuis une décennie, le groupe lyonnais poursuit sa croissance au travers de sa société Maïa Sonnier pour les infrastructures et développe, via Maïa Power et Maïa Eolis, des activités d’énergies renouvelables, avec l’éolien, l’hydroélectricité et la biomasse. Le groupe réalise un chiffre d’affaires de 70 millions d’euros pour un effectif de 270 personnes.

Une base le long du canal pour l’emploi local

Ici, le Yard de Ranville où Maïa Power prévoit d’implanter un site de fabrication.

Le projet de Maïa favorise l’emploi local. Le groupe compte déjà une antenne à Caen pour suivre de près l’évolution de son projet. Si ce dernier va jusqu’à son terme, les travaux pourraient débuter en 2010 pour une mise en service mi-2013. « La force de notre projet est d’amener de l’emploi localement. Rien que pour la construction des machines, il faut compter 400 emplois », calcule Pierre Neveux, Directeur Général de Maïa Power. L’entreprise, dont le métier d’origine est le génie civile, a pris une option sur un terrain de 5 hectares sur le Yard de Ranville, en bordure du canal de Caen à la mer, qui lui servira de base pour construire les « semelles » et les mâts en béton. En se basant sur l’exemple des projets de cette envergure mis en oeuvre en Europe du Nord, la société estime que ce chantier devrait mobiliser quelque 1.400 personnes pour les emplois directs.

Pour en savoir plus
La Basse-Normandie possède le deuxième potentiel éolien français, derrière la Bretagne. Ce potentiel a été cartographié et est répertorié dans L’Atlas éolien de Basse-Normandie, réalisé sous la direction technique de l’ADEME. Le fait que la Basse-Normandie présente des limites maritimes augmente cette capacité de développement. « En effet, l’éolien peut être exploité à terre, mais aussi en mer (énergie éolienne off shore), ce qui est intéressant, car les capacités au large sont supérieures du fait des vents fréquents et constants, souligne l’ADEME. Actuellement, le potentiel éolien est peu exploité dans la région, mais des parcs d’éoliennes sont en développement ».
Dans le domaine de l’énergie éolienne, le rôle de l’ADEME est de soutenir le développement de cette filière en contribuant à la mise en place des chartes et schémas éoliens, qui sont des « codes de bonne conduite » pour la mise en place des projets éoliens et d’informer et sensibiliser le public.
Différentes brochures sont disponibles sur le sujet : « L’éolien en Basse-Normandie » (septembre 2007) ; « Atlas éolien de l’espace maritime du département du Calvados » (octobre 2004) ; « Identification de zones d’implantation de parcs éoliens offshore sur le pourtour du département de la Manche » (février 2000).

Sur terre, les éoliennes de Chicheboville-Conteville.

ADEME
Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie Délégation régionale de Basse-Normandie
Citis « Le Pentacle »
avenue de Tsukuba - Hérouville-Saint-Clair
Tél. : 02 31 46 81 00 ou ademe.basse-normandie@ademe.fr

Maïa Power
115 av. Maréchal de Saxe
69 427 Lyon cedex 03
Tél. : 04 26 68 25 00
www.maia-power.fr

 

Déjà de l’éolien mais… sur terre

Depuis quelques années, les éoliennes font maintenant partie du paysage. Sachant que la Basse-Normandie est une terre de vent (la région est classée deuxième potentiel éolien de France), le Calvados compte déjà des implantations. Trois sites fonctionnent actuellement dans le département : Saint-Martin-des-Besaces (le long de l’A 84), Saint-Pierre-Canivet (aux portes de Falaise) et Chicheboville-Conteville (aux portes de Caen). D’autres sites devraient voir le jour dans les mois qui viennent : à Salen, Rully, Audrieu, Frénouville, Fierville-Bray…

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