Janvier 2012

N° 148

Le magazine de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Caen Normandie

Enquête

Vols sur les chantiers : le BTP en colère
n° 110 / Mars 2008

Face à la recrudescence des vols sur les chantiers, les professionnels du Bâtiment et des travaux publics (BTP) tirent la sonnette d’alarme. Le Calvados n’échappe pas au phénomène.

90 % des responsables de 3 000 entreprises interrogées déclarent avoir porté plainte sans résultat.

Pour les entreprises de BTP, le vol est souvent « le grand problème du lundi matin ». En effet, tout se vole, surtout les week-ends et la nuit (10 % des larcins). Les métaux (cuivre, aluminium, laiton, zinc, inox...), dont la valeur s’est envolée, suscitent la convoitise des voleurs. De même, le carrelage, les appareils sanitaires avant montage, les équipements déjà installés (gaines électriques, radiateurs), les compresseurs, les échafaudages, les tableaux électriques ou les tractopelles disparaissent des chantiers. Les 2 300 professionnels calvadosiens du secteur, - qui emploient environ 13 000 salariés - sont eux aussi victimes de ce phénomène. «Globalement, on estime que les vols ont été multipliés par deux entre 2006 et 2007. Cela peut représenter jusqu’à 1 % du chiffre d’affaires, ce qui n’est pas neutre », analyse Christophe Tétu, Secrétaire Général Adjoint de la Fédération du Bâtiment et des Travaux Publics du Calvados (FBTP). On est bien loin du sac de ciment ou des quelques parpaings que le particulier dérobe discrètement sur un chantier pour finir son mur de descente de garage. S’il n’est pas tout récent, le phénomène est tel, que la profession lance un cri d’alarme. « L’ordre public doit régner aussi sur les chantiers du BTP », indique-t-on à la Fédération du BTP du Calvados.

Si les conséquences directes sont importantes, les dommages collatéraux le sont tout autant. « Quand les voleurs arrachent les gaines électriques dans des cloisons en placoplâtre, il y a deux conséquences, développe Christophe Tétu. D’une part, il y a vol des fils de cuivre, d’autre part, il faut tout casser et recommencer. Les agressions extérieures pénalisent l’activité de leurs chantiers et pèsent sur leur rentabilité ». Quand une entreprise se fait voler du matériel sur un chantier de 8 000 à 15 000 euros, c’est la marge brute qui risque de s’envoler. A l’origine de retards d’exécution, les larcins peuvent entraîner des pénalités de retard à la charge du maître d’oeuvre. Si l’ouverture d’un magasin est retardée, des indemnités peuvent être demandées pour la perte d’exploitation. « Le coût économique des vols est assuré par l’entrepreneur qui doit aussi assumer les risques jusqu’à la livraison du chantier », rappelle Christophe Tétu.

Que faire ? « Le dépôt de plainte doit être systématique », a martelé la Ministre de l’Intérieur Michelle Alliot-Marie, lors de conférence « Stop au pillage de nos chantiers » organisée par la Fédération Française du Bâtiment (FFB), en évoquant la mise en place d’un système de pré-dépôt de plainte en ligne. « Signaler les vols peut permettre aux enquêteurs de mettre la main sur les voleurs ou de remonter leur piste et les filières de recel. De plus, cette démarche permet d’appréhender de manière exhaustive l’ampleur du phénomène et ainsi alimenter la prise de conscience des autorités locales », ajoute Christophe Tétu. La meilleure prévention reste la vigilance. Des gestes simples peuvent aussi repousser les intrus ou du moins ralentir leur intervention. « La première chose est d’interdire l’accès au chantier par une clôture, par exemple, et de protéger l’entrée, à l’aide d’une barrière, recommande Christophe Tétu. Il est conseillé de ranger le petit matériel dans des caisses métalliques fermées ou de les marquer afin de faciliter les recherches». La FFB a mis en place un fichier national du matériel volé, consultable par tout public. « Faire appel à une société de gardiennage ou à des caméras de surveillance est dans l’air du temps. Mais le coût est très élevé, juge la FBTP du Calvados. La prise en compte de ce surcoût pourrait être intégré dans le devis afin de partager la conséquence des vols entre le maître d’ouvrage et le maître d’oeuvre. C’est peut-être plus simple pour les grands chantiers. » En attendant, la peur du « lundi matin » est toujours présente.

Le panneau « Chantier interdit au public » est loin de dissuader les voleurs.
Comme les autres départements, le Calvados est touché par les vols sur les chantiers.

Une entreprise sur deux victime d’au moins un vol significatif

Dans son enquête réalisée en octobre 2007 auprès d’un échantillon de 6000 PME françaises, la Fédération Française du Bâtiment (FFB) évalue le coût économique des vols sur les chantiers à près de 2 milliards d’euros par an. L’enquête commandée par la FFB, et analysée par le Département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines de l’Université Paris II, fait apparaître qu’une entreprise sur deux a été victime d’au moins un vol significatif (plus de 10 000 euros), au cours des dix derniers mois. Toujours, selon l’enquête, 90 % des responsables de 3 000 entreprises interrogées déclarent avoir porté plainte sans résultat. En clôture de la conférence « Stop au pillage de nos chantiers », organisée à Paris en février dernier par la FFB, la Ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie a promis aux professionnels du bâtiment de les aider à lutter contre les vols sur leurs chantiers. Selon elle, le pillage sur les chantiers constitue «une menace sur l’économie des entreprises, sur la sécurité des chantiers et sur la protection de nos concitoyens contre le terrorisme, avec le vol d’explosifs qui peuvent permettre de confectionner des bombes ». Le phénomène est pris très au sérieux.

Contact : Fédération du Bâtiment et des Travaux Publics du Calvados
8 rue saint Nicolas 14000 CAEN
Tél.: 02.31.27.70.80 -  fbtpcalvados@d14.ffbatiment.fr

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