
N° 134
Le magazine de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Caen
Jacques Marseille n’a pas son pareil pour éclairer l’actualité économique en regardant l’histoire. A l’heure où la société de service supplante la société industrielle, comment la France se situe-t-elle ?

Jacques Marseille Professeur agrégé d’histoire, chroniqueur au « Point »,
à « Enjeux les Echos » et débatteur sur « Europe 1 »
Le moral des ménages
français semble ne jamais
avoir été aussi bas. A quoi
attribuer ce spleen ? Est-il
justifié ?
Nos compatriotes sont déprimés
et je crois que les mutations que
nous vivons y sont pour beaucoup.
Pourtant je pense que nous vivons
une époque formidable. Depuis 25
ans, le 21e siècle se dessine, comme
ce fut le cas pour le 20e et le 19e. Or la
France n’aime pas particulièrement
les changements, elle met souvent
un peu plus de temps à s’adapter, ce
qui ne veut pas dire qu’elle ne finit
pas par y parvenir.
Nos inquiétudes actuelles ne
sont donc pas nouvelles et nous
renvoient à notre histoire ?
Dans les années 1780 apparaissent
la machine à vapeur, le rail, le
coton. Le pays qui en profitera le
premier sera l’Angleterre. En 1880,
ce sera l’électricité, le téléphone,
le cinéma… et les Etats-Unis. La
France est toujours plus longue à
assimiler les changements. Je me
souviens qu’à la fin des années 60, à Paris, il m’a fallu attendre 4 ans
pour avoir le téléphone…
Selon vous, il se passe donc la
même chose aujourd’hui ?
Absolument. Depuis 1980, nous
entrons dans le 21e siècle. Le mot
mondialisation est entré dans notre
vocabulaire et la Chine s’est ouverte
progressivement à l’économie
de marché. Plus d’un milliard
d’hommes se sont mis à travailler
dur pour que leur pays redevienne
la puissance mondiale. Et l’Inde fait
de même.
A quoi ressemble le monde
naissant ?
La société industrielle meurt sous
nos yeux. Le nouveau monde, c’est
le monde de Nike, une marque de
chaussures, qui ne fait que vendre
des chaussures, mais ne les fabrique
pas. Le travail de Nike, c’est de faire
désirer sa marque en s’appuyant
sur le marketing et les distributeurs.
Ainsi, les schémas actuels sont plus
immatériels. C’est aussi le retour en
force des actionnaires. Doit-on s’en
désoler ? Je ne le pense pas, car les
entrepreneurs peuvent trouver là de
bons filons de financement. D’autant
que les marchés s’élargissent, avec
des classes moyennes augmentant
dans les pays émergents et un
vieillissement de la population dans
nos pays. La France a beaucoup
d’atouts. Elle est une marque à part
entière, un actif immatériel énorme.
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Directeur de la Publication : Serge Foucher - Rédacteur en Chef : Anne-France Aumond-Gautier