Septembre 2010

N° 134

Le magazine de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Caen

Point de Vue

« La France met toujours plus de temps à s’adapter »
n° 113 / Juin 2008

Jacques Marseille n’a pas son pareil pour éclairer l’actualité économique en regardant l’histoire. A l’heure où la société de service supplante la société industrielle, comment la France se situe-t-elle ?

Jacques Marseille Professeur agrégé d’histoire, chroniqueur au « Point »,
à « Enjeux les Echos » et débatteur sur « Europe 1 »

Le moral des ménages français semble ne jamais avoir été aussi bas. A quoi attribuer ce spleen ? Est-il justifié ?
Nos compatriotes sont déprimés et je crois que les mutations que nous vivons y sont pour beaucoup. Pourtant je pense que nous vivons une époque formidable. Depuis 25 ans, le 21e siècle se dessine, comme ce fut le cas pour le 20e et le 19e. Or la France n’aime pas particulièrement les changements, elle met souvent un peu plus de temps à s’adapter, ce qui ne veut pas dire qu’elle ne finit pas par y parvenir.

Nos inquiétudes actuelles ne sont donc pas nouvelles et nous renvoient à notre histoire ?
Dans les années 1780 apparaissent la machine à vapeur, le rail, le coton. Le pays qui en profitera le premier sera l’Angleterre. En 1880, ce sera l’électricité, le téléphone, le cinéma… et les Etats-Unis. La France est toujours plus longue à assimiler les changements. Je me souviens qu’à la fin des années 60, à Paris, il m’a fallu attendre 4 ans pour avoir le téléphone…

Selon vous, il se passe donc la même chose aujourd’hui ?
Absolument. Depuis 1980, nous entrons dans le 21e siècle. Le mot mondialisation est entré dans notre vocabulaire et la Chine s’est ouverte progressivement à l’économie de marché. Plus d’un milliard d’hommes se sont mis à travailler dur pour que leur pays redevienne la puissance mondiale. Et l’Inde fait de même.

A quoi ressemble le monde naissant ?
La société industrielle meurt sous nos yeux. Le nouveau monde, c’est le monde de Nike, une marque de chaussures, qui ne fait que vendre des chaussures, mais ne les fabrique pas. Le travail de Nike, c’est de faire désirer sa marque en s’appuyant sur le marketing et les distributeurs. Ainsi, les schémas actuels sont plus immatériels. C’est aussi le retour en force des actionnaires. Doit-on s’en désoler ? Je ne le pense pas, car les entrepreneurs peuvent trouver là de bons filons de financement. D’autant que les marchés s’élargissent, avec des classes moyennes augmentant dans les pays émergents et un vieillissement de la population dans nos pays. La France a beaucoup d’atouts. Elle est une marque à part entière, un actif immatériel énorme.

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