Janvier 2012

N° 148

Le magazine de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Caen Normandie

Enquête

Les créateurs, 5 ans après
n° 119 / Février 2009

La Chambre de Commerce et d’Industrie de Caen a mené une enquête auprès de plus de 1 500 entrepreneurs, cinq ans après la création (ou la reprise) de leur entreprise. Objectif : obtenir une photographie précise des caractéristiques et de l’évolution des entreprises du territoire.

 

 

Après six mois de travail, les résultats de l’étude de la CCI, intitulée « Les créateurs d’entreprise, 5 ans après », sont sortis en novembre dernier. Réalisée par le service Informations et Analyses Economiques, en collaboration avec le service Entreprendre en France, l’enquête s’est attachée à étudier les caractéristiques et l’évolution des créateurs et repreneurs d’entreprise ayant démarré leur activité en 2002. « Les trois premières années sont bien souvent les plus difficiles » rappelle Benjamin Crikelaire, responsable du service Informations et Analyses Economiques à la CCI de Caen. « Une étude après cinq ans d’existence nous permet donc d’avoir une visibilité de ces entreprises à plus long terme ».


Un taux de pérennité de 55 %


Premier constat : si 11 % des créations n’arrivent pas au bout de leur première année, le taux de pérennité des entreprises après cinq ans reste de 55 %. « Mais si près de la moitié des entreprises disparaissent avant 5 ans, cela ne veut pas dire que toutes mettent la clé sous la porte », prévient Benjamin Crikelaire. Parmi les causes principales de radiation, « mises à part les entreprises qui disparaissent, un grand nombre sont vendues ou transférées», précise ainsi l’étude de la CCI. Il s’avère aussi que les créations sont très orientées : 38 % des entreprises se montent dans le secteur du commerce, et 34 % dans celui des services. L’industrie concentre quant à elle le taux de création le plus faible (14 %). Les activités industrielles pures (hors agro-alimentaire et construction) ne totalisent que 4 % des créations. C’est pourtant ce secteur qui semble résister le mieux. « Nous avons aussi été surpris de constater que, contrairementà certaines idées reçues, ce secteur rassemble les créateurs les plus jeunes », ajoute le responsable. Concernant l’embauche de salariés, la CCI a pu constater que 67 % des créateurs commencent seuls leur activité. Mais, parallèlement, ce sont les entreprises comptant entre 6 et 9 salariés ou plus qui résistent le mieux : 71 % sont toujours en activité après cinq ans…


Un point sensible : le management


Au cours de l’enquête, la rencontre indirecte (questionnaires) et directe (entretiens) des chefs d’entreprise aura permis de dégager les problématiques plus profondes. Il en ressort un besoin des créateurs et repreneurs principalement dans les domaines administratifs ou financiers.« On constate que, généralement, si les premières années sont difficiles, ce n’est souvent pas par manque d’activité, mais à cause d’une mauvaise gestion administrative ou financière », explique Benjamin Crickelaire. Exemple avec le fonds de roulement. Au moment de la création de leurs entreprises, 9 créateurs sur 20 auraient sous-estimé leurs besoins sur ce point. « J’ai fait beaucoup d’erreurs, je me suis trompé dans les marges, et en plus j’ai eu un problème d’échéance qui n’est pas passé la première année, et j’ai commencé avec un interdit bancaire », a ainsi témoigné un jeune créateur durant l’entretien.


Autre point sensible : le recrutement et le management. En créant leur entreprise, les jeunes chefs d’entreprise vivent souvent leur première expérience en la matière. « Le management s’avère être un point sensible, reconnaît Benjamin Crikelaire. Les chefs d’entreprise n’y sont pas préparés ».
Durant l’un des entretiens menés, une créatrice confiait à la CCI : « Les relations humaines, ce n’est pas facile. Je n’étais pas préparée à gérer les conflits (…). J’ai laissé trop faire. Maintenant c’est irréversible… ».


Des barrières à la consolidation et à la croissance


Reste qu’au bout de cinq ans, la majorité des repreneurs et créateurs désirent poursuivre leur activité, et même développer leur entreprise pour certains. De ce point de vue, l’enquête de la CCI démontre que les créateurs « en phase de croissance ou de stagnation » peuvent se trouver confrontés à des barrières relatives à la consolidation et à la croissance de leur activité. Dans le premier cas, ces freins sont dus au développement de la concurrence, mais aussi à une défaillance de clients stratégiques ou à une baisse de compétitivité. Dans le second, ils sont liés à une saturation du marché, à une trop grande concentration de l’offre, ou à un changement d’organisation peu ou pas assez anticipé. À partir des conclusions de cette enquête, des pistes de réflexion vontêtre dégagées et étudiées par la CCI. Elles devront permettre, à terme, la mise en place de différentes actions - notamment en matière de conseil en développement - en direction des chefs d’entreprise du territoire.

Contact CCI :
Benjamin Crikelaire
au 02 31 54 55 50 ou bcrikelaire@caen.cci.fr

 

Paroles d’entrepreneur
Que faut-il pour se lancer dans la création d’une entreprise ?*
• « Si l’on veut créer son entreprise, il faut avoir du mordant car au début il y a des hauts et des bas. Il faut avoir un moral de fer et une combativité à toute épreuve ».
• « Au départ, il y a un état d’esprit. On ne sait jamais de quoi demain sera fait. Il faut savoir anticiper et se remettre en question tous les jours ».
• « Il faut s’avoir s’entourer, ne pas hésiter à demander des conseils et surtout ne pas se lancer tout seul dans son coin ».

* Extraits des réponses données dans le cadre des entretiens individuels menés au cours de l’enquête.

 

Taux de pérennité des créations en 2002

Motivations des créateurs en 2002

 

Caractéristiques des créateurs en 2002
• 4 créateurs sur 10 ont une formation CAP/BEP
• 82 % ont une expérience dans le métier
• 50 % sont d’anciens salariés, majoritairement CDI
• 6 % de franchisés
• Le montant des capitaux initialement investis est inférieur à 10 000 euro dans 75 % des cas et supérieur à 50 000 euro dans 10 % des cas.

 

Alain Gustave a repris l’activité de son ancien employeur, en 2002.
Gustave SARL compte aujourd’hui plus de 2000 clients.

 

Alain Gustave, créateur de Gustave SARL
« Une vie de fou, mais je le savais dès le départ »

Après une carrière de commercial, Alain Gustave a repris, en 2002, une activité de commerce de lubrifiants. Après avoir consolidé l’entreprise et renforcé son équipe, le nouveau chef d’entreprise a pu s’installer, fin 2006, dans des locaux flambants neufs, à Villers-Bocage. Il compte désormais profiter de l’année à venir pour diversifier son activité et élargir ses horaires d’ouverture. Rencontre.


Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir chef d’entreprise ?
J’ai travaillé pendant quatorze ans chez Promodès, j’ai gravi les échelons au fur et à mesure. Puis je suis entré au sein des établissements Marguerite, spécialiste du transport pétrolier, le fioul domestique et des huiles et graisses. En 2002, mon patron m’a proposé de reprendre l’activité huiles et graisses. Je l’ai d’abord reprise en location-gérance, avant de racheter le fonds de commerce en 2006. C’était une satisfaction personnelle, d’être indépendant. J’avais aussi envie de faire quelque chose de ma vie, de réussir.
Comment se sont passées les premières années d’activité ?
Grâce à mon expérience professionnelle, j’avais déjà abordé la gestion et le management. Cela m’a aidé, surtout à ne pas confondre recettes et bénéfices ! J’ai réussi à me payer dès le début… mais en travaillant 80 heures par semaine, et en ne prenant qu’une semaine de congés par an, aujourd’hui encore. C’est un peu une vie de fou, mais je le savais dès le départ.
Aujourd’hui, quel bilan tirez-vous de cette expérience ?
Il faut être suffisamment fort et ne pas aller trop vite. J’ai fait évoluer mon entreprise, palier par palier. Comme sur une échelle, il faut attendre d’avoir les deux pieds sur la même marche avant de penser à en franchir une autre. Au début, j’ai géré 1 200 clients seul. Aujourd’hui, nous avons 2 200 clients et j’ai deux commerciaux.
Si c’était à refaire ?
Je ne sais pas… Je le referais sans doute, mais différemment. Il n’est pas normal que le chef d’entreprise doive, pour réussir, sacrifier sa vie privée. La création d’entreprise est un sacerdoce. Si vous ne vous occupez pas assez de votre femme ou de vos enfants, un huissier ne viendra pas sonner à votre porte. Alors qu’avec une entreprise, tout peut arriver si vous baisser la garde.

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