Avril 2012

N° 151

Le magazine de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Caen Normandie

Profil

L’autre visage de Guy-Degrenne
n° 132 / Mai 2010

Réputée pour sa vaisselle et ses couverts, l’entreprise viroise Guy Degrenne ne se cantonne plus à la table. Son savoir-faire du travail de l’acier sert aussi l’aéronautique, le médical, l’agro-alimentaire…

 

« Guy-Degrenne réalise aujourd’hui de nombreux articles pour l’industrie aéronautique, médicale,
l’électro-ménager professionnel… », explique Stéphane Zanchet, Directeur Industriel du groupe.

 

Stéphane Zanchet n’est pas très enclin à parler de lui. Le groupe Guy-Degrenne, dont il assure la direction industrielle, “c’est un ensemble de personnes”, pose-t-il de prime abord. Une équipe, qui l’a séduit lorsqu’il a accepté, en 2000, de mettre ses compétences au service de cette référence des arts de la table. “Les salariés ont toujours été, quel que soit leur domaine, très attachés à l’entreprise ». C’est d’ailleurs pour eux qu’il a postulé au label “Entreprise du patrimoine vivant” (lire encadré). Pour qu’ils se sentent reconnus, offi ciellement et à leur juste valeur. “Emboutisseurs, graveurs, polisseurs, tous ces métiers porteurs de savoir-faire ont fait la renommée de l’entreprise et sont, encore aujourd’hui, son patrimoine génétique.” Puis, doucement, il y vient. “Je suis un catalyseur”, admet-il tout de même. Le terme est choisi pour cet homme qui a passé vingt ans au service de l’industrie automobile. Un catalyseur permet d’accélérer une réaction chimique. Lui agit depuis 10 ans sur la diversification de ce groupe de 1 100 salariés, tous sites confondus. “A Vire, ils regardaient déjà, depuis les années 92-93, vers d’autres marchés, mais de manière timide encore à l’époque”, explique-t-il. Aujourd’hui, les activités de sous-traitance industrielle représentent environ 50 % de l’activité des usines et 25 % du chiffre d’affaires du groupe sur l’exercice 2009. Si la marque est particulièrement connue pour ses traditionnels couverts en acier inoxydable, Stéphane Zanchet a su vendre les compétences de l’entreprise liées à l’acier à d’autres industriels, dans des domaines aussi variés que l’aéronautique, l’agro-alimentaire, le nucléaire, le ferroviaire, le médical... “Nous fabriquons, par exemple, des appareillages de stérilisation pour des chirurgiens dentistes ou des petits contenants, accueillant des résidus de Plutonium, pour la Cogema. Nous sommes aujourd’hui reconnus par de grandes références, dont de nombreux Allemands”, précise-t-il, non sans fierté.
Son autre marotte, c’est l’organisation du travail. Après sa formation d’ingénieur, il a suivi un cycle de gestion de techniques organisationnelles. Pendant dix ans, il accompagne les modifi cations d’organisations de l’industrie automobile. “C’était l’époque de l’influence japonaise, des méthodes Kaizen (1), Hoshin (2) et du lean manufacturing.” A son arrivée dans le groupe il a joué de son expérience et réorganisé, notamment, la production de couteaux, éclatée entre deux sites, l’un à Sourdeval et l’autre en Finlande. “Ces deux unités utilisaient des procédés de fabrication différents mais suffisamment proches pour fusionner. Beaucoup pensaient que cela était impossible. Et finalement, nous y sommes parvenus. Nous avons conservé les méthodes les plus modernes de chacun des systèmes et rapatrié l’ensemble, sur le site de Vire.” Il s’appuie sur les forces existantes et trace la ligne à suivre. Il y croit et cela fonctionne. Il mise sur les techniques de pointes, autant pour la production des couverts que de produits de diversification. “Nous utilisons, par exemple, la découpe au laser pour réaliser une petite série de couverts très haut de gamme. Une technique dont nous n’aurions pas pu disposer si nous n’avions pas eu à la développer pour un fabriquant de matériel électro-ménager. Question de rentabilité.” Aujourd’hui, en dépit des diffi cultés économiques que rencontre le groupe, il a confiance dans le potentiel et le savoir-faire de l’entreprise. “Les actionnaires aussi”, précise-t-il.

(1) C’est le nom d’une méthode de gestion de la productivité et de la qualité, basée sur la notion d’amélioration continue.
(2) La méthode Hoshin permet à l’entreprise de réorganiser ses moyens de fabrication pour les rendre modulaires et flexibles .

 

Labellisée “Entreprise du patrimoine vivant”

Guy-Degrenne a reçu le label « Entreprise du patrimoine vivant » en mars dernier. Ce label est une marque du Ministère de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi. Il a été mis en place pour distinguer des entreprises françaises aux savoir-faire artisanaux et industriels d’excellence. “C’est une reconnaissance de toutes les évolutions des procédés de fabrication. Car nous avons à la fois conservé les savoir-faire et adapté les métiers aux nouvelles technologies”, explique Stéphane Zanchet, Directeur Industriel du groupe. Une reconnaissance officielle d’une notoriété populaire pour cette entreprise créée en 1948.

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